Libre opinion

Lundi 4 avril 2016

Radio « Schwitz » Jazz !

Je ne sais combien d’entre vous écoutent les programmes de « Radio Swiss Jazz », mais, pour ma part j’en suis particulièrement insatisfait. Principalement pour la pauvre présence du jazz middle, new-orleans et du blues sur ces ondes. Si j’approuve totalement l’idée d’une radio diffusant notre musique favorite 24h/24, j’ai de très sérieuses réserves quant à la programmation de cette station.

Chaque semaine, je reçois –parce que j’ai accepté d’y participer- un email avec une douzaine d’extraits de morceaux soumis à mon appréciation. Avec mes votes et ceux d’autres internautes, les responsables des programmations sont ainsi capables de décider des fréquences avec lesquelles ils vont envoyer les morceaux sélectionnés sur les ondes. 

Tout cela est très bien. Très démocratique. Mais reste le problème du choix des morceaux proposés. Il est d’une navrante indigence. 

Outre la pauvreté du catalogue de « vrai jazz » (comme disait Hugues Panassié)  de cette radio, je constate qu’il y a une dispersion des choix qui me semble éloigner cette radio du nom qu’elle porte sinon du but qu’elle est sensée se fixer. Que font des tangos ou des rumbas comme « Cuando vuelva a tu lado » de José "Chombo" Silva (au programme le 26 mai 2015) sur les ondes d’une radio dédiée au jazz ?

En fouillant dans leur discothèque (tout de même conséquente de 8'000 titres), si certains de nos musiciens préférés figurent en nombre d’enregistrements corrects, comme Duke, Basie, Benny Goodman, voir même Louis Armstrong, j’ai été surpris de voir que sous le nom de Sidney Bechet, seuls quatre disques sont listés. Pire. Deux sont des enregistrements des Swiss Tribe (dont j’apprécie d’ailleurs la « Béchetisation »), un autre du Paris Swing Orchestra (?) et le dernier est le seul cd de Sidney. Une édition de Vogue de 1984 avec 13 plages des tubes de Béchet. De « Petite fleur » aux « Oignons », en passant par « Si tu vois ma mère » et « Passport Paradise » !

Chez les chanteurs (et …euses) de blues, c’est le désert total. Pas de Bessie Smith, pas de Brownie McGhee, ni de Sonny Terry, pas plus que de Lightnin' Hopkins, ni même de Big Bill Broonzy. Dans les orchestres de jazz traditionnels, Jelly Roll Morton, Fats Waller sont inconnus chez Swiss Jazz. Tout comme Charlie Christian. Même si je n’avais pas la prétention de trouver King Oliver, les MacKinney’s Cotton Pickers ou Cab Calloway dans leur inventaire (ne cherchez pas, ils ne sont pas là non plus), je me disais qu’il fallait que je m’intéresse à un jazz plus récent. Eh bien, figurez-vous qu’aucuns disques de Monk, ni de Jerry Mulligan ne figurent au catalogue de cette radio.

Admettons que « Radio Swiss Jazz » ne possède pas la collection de « vrai jazz» que nous avons dans nos propres discothèques, mais de là à ne passer qu’épisodiquement les plages des disques qu’ils possèdent pour n’entendre Duke Ellington qu’une seule fois par semaine me semble sinon complètement dérisoire, du moins insultant pour ces grands noms du jazz.

Ça m’énerve. Et j’ai déjà fait part de ma déception dans un mail à Swiss Jazz auquel on a répondu comme seule une administration prise en défaut peut répondre. Poliment mais sans aucune considération pour mes propositions d’amélioration. Je ne dis pas que la programmation d’une radio musicale soit aisée à conduire mais, si sur Swiss Classic, on nous barbe certaines fois avec une programmation un peu trop appuyée sur des musiques « mozarteuses », cela se comprend car le maître de Salzbourg fait partie des fondamentaux. Pour le jazz, Jelly Roll, Fats, Big Bill aussi !

Au lieu de nous programmer des « musiques d’ascenseur » (et un bi-hebdomadaire jazz germano-suisse d’un goût des plus douteux) pourquoi ne reprendrait-on pas une programmation par thèmes, par genre. Avec près de cinq cents plages diffusées chaque jour, pourquoi ne serait-il pas possible de diviser la programmation journalière par tranches horaires de genre de jazz. En diffusant des jazz par décades de 1925 à nos jours, voilà déjà neuf plages de programmation.

Je suis assez conscient de parler dans le désert parce que le programmateur en chef de « Radio Swiss Jazz » ne supportera certainement pas de remettre en question sa programmation. Peut-être qu’une pétition de notre association –voir même un petit mot de notre vénéré Comité- pourrait avoir quelque poids pour que les choses changent.

Jacques Schmitt